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Thursday, October 20, 2011

Gasland, de Josh Fox

Josh Fox a grandi près d'une rivière à Milanville en Pennsylvanie, sur un terrain de plusieurs hectares qui pourrait lui rapporter gros alors qu'en mai 2008, une compagnie d'extraction de gaz lui propose d'y installer ses puits. C'est le début d'une recherche, caméra au poing, pour découvrir ce que les compagnies de gaz naturel proposent exactement, la manière dont ils s'implantent et investissent de plus en plus de terrains aux Etats-Unis. Cette énergie, censée être propre et économique, révèle ses dangers pour la santé. Peu protégés, les sites d'extractions détruisent tout un écosystème et les sous-terrains, choqués par une énorme quantité d'eau et de produits chimiques, se fissurent; le gaz naturel présent dans les sous-couches de la terre s'infiltrent jusqu'aux conduits d'eau potable des habitants, remontent dans des robinets qui crachent alors une eau boueuse, qui s'enflamme, et, consommée, influe sur la santé.


Le documentaire de Josh Fox a ceci de particulier qu'il lui est extrêmement personnel. Les entreprises d'extraction de gaz n'ont pas forcément été une priorité dans la vie du cinéaste, et c'est alors qu'on lui propose directement d'y participer qu'il découvre, peu à peu, ce que ce commerce induit. Josh Fox part de zéro connaissance sur ce système, se plaçant alors exactement au même niveau que le spectateur atterri là par curiosité. Avec simplement ses découvertes, une caméra instable en main, il parcourt un pays où les immenses espaces vierges prennent une tournure étrange; dans ces paysages grandioses, Josh Fox porte un masque à gaz, et joue du banjo devant d'immenses tours isolées, crachant leur fumée nauséabonde.


D'un point de vue écologiste, Gasland est parfaitement documenté, engagé, pertinent. Il démonte intelligemment les points de vue des responsables des compagnies de gaz, prouve par A + B son raisonnement, montre directement les victimes qui expliquent avec précision le problème et la dégradation de leur santé, le paysage détruit. Loin du coup de poing revendicatif et trop criard, Gasland garde son calme et interroge l'humain et son émotivité, plutôt que de dénoncer bruyamment à grand renfort de "tous pourris!" Récompensé sept fois en 2010 lors de sa sortie (par l'Environmental Media Award for Best Documentary Feature et au Festival de Sundance entre autres), et de nouveau encensé en 2011 (l'Academy Award for Best Documentary Feature,...), Gasland a réussi à faire passer son message. Sa sortie française en DVD s'accompagne d'un livret de quarante pages rédigé par le journaliste Sylvain Lapoix, qui ouvre sur une perspective française et européenne. L'engagement écologique de Josh Fox ne s'arrête donc pas à une sortie en salle et quelques récompenses. Le site internet du film permet lui aussi de continuer à collecter des informations et à récolter des dons pour une plus grande diffusion.


Je ne saurai donc que trop vous encourager à découvrir ce film, pour peu que vous ayez un brin de conscience écologique. J'ai aussi découvert, à travers les images de Josh Fox, en tant que petite Française enfermée dans mes frontières, une Amérique qui fait moins rêver que celle véhiculée par des images de grandes villes. C'est carrément une culture qu'on peut également voir, celle d'un pays si vaste que certains endroits ont une densité de 2 habitants au kilomètre carré. L'Amérique profonde qui se trouve au bout de longues routes, entre des territoires secs et terriblement vides, fait vivre des fermiers, de petites communautés où, on le sent, chacun se connaît, se retrouve le dimanche à l'église, et est réuni par une culture assez pauvre, mais proche de la terre et de l'écologie. Oui, j'ai toujours vécu dans la capitale, et le petit pays qu'est la France ne montre pas de territoire aussi isolé, alors je tombe presque des nues.


Le propos de Josh Fox n'est évidemment pas cette population loin du monde et de l'activité brûlante des villes. Mais ce sont ces gens là qui sont touchés par les compagnies d'extraction de gaz naturel, et ce sont eux qu'il va voir et laisse s'exprimer. Certaines paroles montrent alors forcément un style de vie qu'on imagine difficilement, tous autant connectés que nous sommes. L'Amérique profonde est effectivement en surpoids, possède d'immenses maisons de bois et des voitures énormes pour pouvoir se déplacer loin, vers la civilisation. Cette population a ceci de touchant que, au plus près de la nature, elle est aussi la première à se faire avoir par les financiers censés être civilisés - la plupart des gens touchés par des problèmes de santé ont été réduits au silence moyennant un petit chèque. Elle ressent une extraordinaire empathie avec sa terre, ses vaches, sans intellectualiser ce rapport. Et les paysages qui se détruisent lentement en face de ses yeux la fait pleurer.


Gasland
de Josh Fox
sortie française: avril 2011
en DVD (Arte Editions) depuis le 21 septembre 2011

Cette critique est publiée dans le cadre de la 5ème édition de DVDTrafic
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